Par Julie Gedeon

Les ports de l'Alliance verte innovent pour préserver les écosystèmes aquatiques

Biodiversité

Les ports canadiens et américains mettent en œuvre un vaste éventail d'initiatives en lien avec l'indicateur de performance sur les Écosystèmes aquatiques, développé dans le cadre du programme de l’Alliance verte il y a trois ans.

Pour cette première année d’implantation, l’indicateur était optionnel, avant de devenir obligatoire en 2024. « Un certain nombre de ports ont pris un excellent départ, car ils avaient déjà accompli beaucoup de travail dans ce domaine, alors c'est formidable de voir ces efforts reconnus au sein du programme », affirme Véronique Trudeau, Directrice de programme à l’Alliance verte. « Depuis, ils se sont aussi concentrés sur l'atteinte des critères du programme, qui consistent à dresser l'inventaire de ces milieux et à mettre en place des systèmes permettant de surveiller et de mesurer les progrès de façon constante. »

Pour sa deuxième année de déclaration obligatoire, l'indicateur des Écosystèmes aquatiques a connu la plus forte progression nette parmi les ports, atteignant une moyenne de 3,2 en 2025 (comparativement à 2,7 en 2024).

Les nombreuses options de critères offertes à chacun des cinq niveaux de l'indicateur de performance donnent aux ports, selon leur contexte géographique et opérationnel, la flexibilité de progresser au même rythme que leurs homologues, tout en restant pertinents pour leur situation particulière.

Cet article présente quelques exemples de projets novateurs menés à cet égard par les ports de Québec, de Sept-Îles, de Halifax, de Prince Rupert et de San Diego.

📷entête: Photo de Nicholas Fuentes sur Unsplash

Port de Québec

En tant que membre fondateur de l’Alliance verte, le Port de Québec s'est penché sur les écosystèmes aquatiques bien avant l'instauration de l'indicateur de performance. Par exemple, les efforts du port pour venir en aide aux oiseaux de rivage ont débuté en 2014, lorsqu'on a constaté que les hirondelles étaient trop facilement la proie de prédateurs, une bonne partie de leur habitat naturel ayant été dégradée. Le port a réagi en créant des nichoirs conçus pour protéger au mieux les hirondelles, en harmonie avec les activités quotidiennes du port.

«Avec nos activités portuaires, ainsi que des sites touristiques importants, le long d'un tronçon considérable du fleuve Saint-Laurent, nous avons commencé, il y a plusieurs années, à réfléchir sérieusement à la façon de protéger la biodiversité du littoral et de la voie navigable», ajoute le biologiste Philippe Charest-Gélinas, Directeur, Environnement, au Port de Québec.

Un objectif majeur de notre plan de développement durable 2024-2028 a été de caractériser, de définir et de mieux connaître et comprendre tous les aspects de la biodiversité sur le territoire du port, ainsi que la façon dont elle a pu être dégradée au fil des ans, afin de pouvoir cibler les projets précis à entreprendre pour préserver, améliorer et protéger au mieux la biodiversité, y compris, bien sûr, les écosystèmes. aquatiques.

Philippe Charest-Gélinas, Port de Québec

Le port a déjà réalisé une étude permettant de dresser le portrait d'une zone d'environ 10 600 hectares (près de 107 km carrés), englobant les milieux sensibles situés dans le port et à proximité, ainsi que les secteurs où d'autres activités externes peuvent influencer l'état de la biodiversité locale. «Cette carte nous aidera à faire l'inventaire de toute la biodiversité actuelle et de ses habitats connexes, afin de disposer d'un point de référence pour prévenir toute dégradation et apporter des améliorations, explique M. Charest-Gélinas. Elle nous aidera aussi à prendre conscience de tout changement naturel dans l'écosystème qui exigerait une adaptation particulière, autant d'éléments qui contribueront à guider notre prise de décision.»

Dans le cadre de ce plan d'action pour la biodiversité (PAB), le Port de Québec s'est engagé de façon ambitieuse à mettre en œuvre au moins cinq nouveaux projets précis chaque année pour protéger et améliorer la biodiversité sur son territoire.

« Notre plan consiste à évaluer quelles actions auraient les retombées positives les plus importantes, afin de tirer le meilleur parti de nos ressources d'investissement », explique M. Charest-Gélinas.

Des critères précis ont été établis pour prioriser les projets écologiques. Les exigences légales constituent la priorité la plus élevée, par exemple la faune ou la flore ayant un statut gouvernemental particulier ou les aires et habitats protégés. Les critères suivants peuvent inclure l'harmonisation avec le programme de certification environnementale de l’Alliance verte et/ou la connectivité ou la valeur écologique. Une autre catégorie de critères porte sur la résilience face aux changements climatiques.

En collaboration avec ses principales parties prenantes, le port a déterminé cinq aspects clés de son environnement à prioriser dans son plan d'action. Parmi ceux qui s'harmonisent avec l'indicateur de performance sur les Écosystèmes aquatiques de l’Alliance verte figurent les milieux humides riverains, reconnus comme des habitats sensibles pour diverses espèces animales et végétales. Ces zones bordant l'eau font souvent partie de l'habitat du poisson et servent aussi d'escales migratoires pour diverses espèces d'oiseaux.

La cartographie de la biodiversité réalisée par le port a suscité un intérêt marqué chez les chercheurs souhaitant étudier les milieux humides, dont les marais et les zones d'eau peu profonde, qui représentent 11 % de la superficie étudiée. Les recherches montrent comment ces milieux humides ont été compromis par l'urbanisation et les usages industriels, et comment ils peuvent être restaurés pour retrouver leur richesse naturelle.

Chaque automne, plus de 160 000 oiseaux de rivage appartenant à 22 espèces différentes font une halte le long du corridor du Saint-Laurent, la concentration la plus élevée se trouvant entre Québec et Matane. Le port fait de la préservation de l'habitat limité pour les oiseaux de rivage migrateurs – qui arrivent chaque année sur les vasières, les plages et les marais du Québec – une priorité.

«Le nombre de zones de plage, en particulier, est limité et soumis à la pression du développement industriel et des changements climatiques, ajoute M. Charest-Gélinas. Nous veillerons à ce que les zones de plage naturelles relevant de la compétence du port demeurent intactes et protégées.»

L'attention portée aux macroinvertébrés benthiques (insectes, mollusques, crustacés et vers), qui jouent un rôle si important dans la chaîne alimentaire de nombreuses espèces aquatiques, constitue un autre effort qui s'harmonise avec l'indicateur de performance sur les Écosystèmes aquatiques de l’Alliance verte. «En sachant ce qui se trouve ici, nous serons aussi mieux en mesure de déterminer ce qui nécessite notre attention et notre protection», affirme M. Charest-Gélinas.

Dès le départ, le port a privilégié les efforts de collaboration – à l'image de l'approche de l’Alliance verte – en formant, en 2023, un groupe de travail réunissant les parties prenantes concernées de la communauté, afin d'élaborer, de mettre en œuvre et de suivre le plan grâce à une surveillance continue, pour s'assurer qu'il répond aux préoccupations, aux défis et aux objectifs de la population et des communautés scientifiques de la région.

Le nouvel indicateur de performance de l’Alliance verte sur les Écosystèmes aquatiques nous a beaucoup inspirés, car ses critères nous aident à structurer nos projets à l'interne en harmonie avec la certification environnementale de l’Alliance verte et l'amélioration continue.

Philippe Charest-Gélinas, Port de Québec
Port de Sept-Îles

Dans le cadre du programme Enviro-Actions, le Port de Sept-Îles, participant fondateur de l’Alliance verte, s'associe à l'Institut nordique de recherche en environnement et en santé au travail (INREST), qui assure la surveillance en temps quasi réel d'un observatoire environnemental dans la baie de Sept-Îles.

« L'observatoire d'INREST est conçu pour sonner l’alerte en cas de changement soudain de la qualité de l'eau, en plus de surveiller l'évolution des sédiments, de l'habitat marin ou de la biodiversité aquatique au fil du temps », explique Mélissa Sanikopoulos, Directrice Environnement et développement durable du port.

Il nous fournit aussi des données sur l'évolution à plus long terme des caractéristiques de la baie, ce qui nous permet de déterminer les meilleurs moyens d'assurer un développement durable et de préserver les habitats de valeur écologique.

Mélissa Sanikopoulos, Port de Sept-Îles

L'UNESCO a reconnu le projet Enviro-Actions comme une initiative officielle de la Décennie des Nations Unies pour les sciences océaniques au service du développement durable. L’INREST utilise les technologies les plus récentes en matière de stations de surveillance et de bouées intelligentes pour évaluer chaque secteur de la baie, les renseignements étant transmis à l'administration portuaire, à la municipalité et aux autres parties prenantes clés.

« Nous avons instauré cette année la capacité d'évaluer la qualité de l'air de la baie », ajoute Mme Sanikopoulos. « Et nous lancerons la surveillance du bruit sous-marin dès que nous aurons déterminé, après avoir consulté une équipe d'experts, la meilleure façon de procéder, étant donné que certaines espèces marines demeurent généralement plus près du rivage, à l'intérieur de la baie, tandis que les grands mammifères marins ont tendance à rester plus au large. »

Le Port de Sept-Îles collaborait déjà avec la Ville de Sept-Îles et les grandes entreprises industrielles de la région lorsque l'INREST l’a approché, en 2012, au sujet de la création de l'observatoire. 

« L'objectif était de réaliser une vaste caractérisation de l'ensemble de la baie afin d'obtenir une image claire de son état après des décennies d'utilisation industrielle », explique Mme Sanikopoulos.

Avec une équipe multidisciplinaire d'experts en environnement et de chercheurs, l’INREST a présenté un rapport en 2018, après quatre années de recherche. Ces travaux ont permis d'établir des données de référence sur la qualité de l'eau et des sédiments de la baie, ainsi que sur l'habitat des macroalgues, des herbiers de zostère, de la communauté benthique, du zooplancton et des mammifères marins. Le couvert de glace, les courants marins et le transport des sédiments, ainsi que les répercussions des sites d'enfouissement municipaux et industriels, ont aussi été évalués.

La qualité globale de l'eau et des sédiments s'est révélée bonne, mais certains dépôts de métaux lourds ont été détectés lors de l'échantillonnage. « Nous nous attendions à ce résultat, puisque la baie repose sur des dépôts d'argile postglaciaire et qu'elle est située dans une région où l'exploitation, la transformation et le transport du minerai de fer sont au cœur de l'économie régionale depuis les années 1950 », précise Mme Sanikopoulos.

L'observatoire environnemental nous aide à maintenir la bonne qualité globale de l'eau et des sédiments et il guide le développement durable de la région, car la communauté comprend que la baie de Sept-Îles est un joyau qu'il faut protéger pour les générations futures.

Mélissa Sanikopoulos, Port de Sept-Îles

La collaboration avec INREST aide le Port de Sept-Îles, de taille relativement petite, à répondre aux critères de l'indicateur de performance de l’Alliance verte sur les Écosystèmes aquatiques. « Nous ne sommes qu'une vingtaine d'employés à notre port, souligne Mme Sanikopoulos, mais l'observatoire environnemental nous fournit une mine de données pertinentes et le programme de l’Alliance verte nous indique clairement les prochaines étapes pour améliorer notre performance. »

Les données peuvent également être utilisées par une multitude de chercheurs pour comprendre les répercussions des changements climatiques et d'autres facteurs sur l'environnement de la baie. « En fait, la Chaire de recherche sur les écosystèmes côtiers et les activités industrielles, portuaires et maritimes – aussi appelée Chaire ÉcoZone – a été créée dans le cadre d'un partenariat de cinq ans entre l'Université Laval, l’INREST et le Port de Sept-Îles », précise Mme Sanikopoulos. « Ces travaux nous aident à continuer de déterminer les éléments que nous devrions surveiller et la meilleure façon de le faire. »

Un autre développement récent de la collaboration avec l’INREST concerne le travail avec les Premières Nations de la région. « L'objectif est d'intégrer les savoirs traditionnels aux résultats scientifiques », explique Mme Sanikopoulos.

Le modèle de l'observatoire est reproduit à titre de projet pilote à La Baie, à Saguenay, où de l'équipement de l'INREST a été déployé et où Port Saguenay, participant de l’Alliance verte, gère les opérations des navires. « Nous pouvons envisager que cette approche soit adaptée à d'autres zones portuaires industrielles », ajoute Mme Sanikopoulos.

« Nous sommes très fiers de faire partie de cette initiative, souligne-t-elle, et une bonne partie du mérite revient à Manon D'Auteuil, qui a été responsable du développement durable du port pendant de nombreuses années avant de prendre sa retraite en 2023, ainsi qu'à Pierre D. Gagnon, l'ancien PDG, car c'est grâce à leur vision que notre port a su tirer le meilleur parti de ses ressources limitées grâce à des partenariats clés. »

Port de Halifax

Le Port de Halifax figure parmi les ports de l'Atlantique canadien participant à un projet visant à étudier la biodiversité marine sans perturber les écosystèmes locaux. Appelé Atlantic Ports Baseline Biodiversity Initiative, ce projet a inclus des tests d'ADN environnemental (ADNe) dans les ports de Halifax, de Saint John (deux participants de l’Alliance verte), de Summerside et de Corner Brook.

Lancé au PIER, le carrefour d'innovation et laboratoire vivant de l'Administration portuaire de Halifax, le projet a été supervisé par Génome Atlantique dans les quatre provinces de l'Atlantique. Parmi les autres partenaires figurent IGNITE Atlantic, la PEI Marine Science Organization, ainsi que les spécialistes de l'ADNe de Dartmouth Ocean Technologies (DOT) et d'eDNAtec.

« Les tests d'ADNe permettent de détecter les espèces marines en analysant le matériel génétique qu'elles libèrent dans l'eau », explique Meghan Coleman, Spécialiste principale de la gestion environnementale du port.

« Ils contribuent à établir des données de référence sur la biodiversité marine, afin de pouvoir suivre les tendances locales et régionales au fil du temps. »

Bien que cette technologie existe depuis une dizaine d'années, c'est, à la connaissance du port, la première fois qu'elle est déployée à cette échelle dans le cadre d'une initiative multiportuaire. « Nous sommes fiers que ce travail, mené sur deux ans, fasse désormais partie de la base de données du World Ports Sustainability Program », affirme Mme Coleman.

Les sites d'échantillonnage ont été choisis en fonction des activités existantes, des projets d'infrastructure proposés et d'autres secteurs d'intérêt. Les données aideront à orienter les décisions qui, à terme, amélioreront la santé des écosystèmes aquatiques.

Les tests réalisés dans le port ont confirmé des renseignements déjà recueillis par l'Administration portuaire de Halifax. « Une partie des critères de l’Alliance verte exige que les ports réalisent une revue de la littérature sur les écosystèmes aquatiques de leur port, alors nous avions déjà une bonne idée de ce que révéleraient les tests d'ADNe », explique Mme Coleman.

Cela dit, il est utile d'avoir cette confirmation scientifique, car beaucoup de gens pensent encore qu'il n'y a pas grand-chose après tant d'années d'utilisation industrielle, mais les tests d'ADNe prouvent qu'il s'agit d'un écosystème florissant et très diversifié.

Meghan Coleman, Port de Halifax

Les tests d'ADNe ont aussi confirmé la présence d'espèces aquatiques envahissantes déjà connues dans le port. « Encore une fois, nous savions déjà qu'elles étaient présentes grâce à notre collaboration avec Pêches et Océans Canada (MPO), précise Mme Coleman, mais les tests d'ADNe le confirment et peuvent nous aider à détecter rapidement toute autre espèce. »

Bien qu'il en soit encore aux premières étapes, le Port de Halifax utilise l'échantillonnage d'ADNe de 2025 comme référence pour établir le programme de surveillance des écosystèmes aquatiques exigé par les critères de niveau 4 de l’Alliance verte. « Il est également très utile que les critères du programme de surveillance soient clairement définis, afin que nous sachions ce qui constitue la norme de l'industrie et que nous soyons sur la même longueur d'onde que les autres ports », ajoute Mme Coleman.

Le port a fait l'acquisition d'un échantillonneur d'ADNe automatisé auprès de Dartmouth Ocean Technologies. « Habituellement, on utilise une bouteille Niskin pour prélever manuellement des échantillons d'eau, explique Mme Coleman. Ce système automatisé est muni d'une pompe qui aspire l'eau selon un horaire préétabli, puis la fait passer à travers plusieurs filtres, de sorte que le filtrat soit prêt pour l'analyse en laboratoire. »

L'Administration portuaire de Halifax prévoit continuer d'utiliser les données d'ADNe pour appuyer ses efforts continus de développement des infrastructures, de mobilisation communautaire et de consultation. « Lorsque nous parlons des répercussions potentielles des projets d'infrastructure, par exemple, disposer de données pour appuyer nos propos constitue un avantage énorme, relate Mme Coleman. Le partage de ces renseignements avec les communautés et organisations mi'kmaq, les secteurs voisins, le milieu universitaire et le grand public favorise une meilleure compréhension et témoigne de notre engagement envers une gestion responsable du port. »

Port de Prince Rupert

Après avoir pris connaissance des tests d'ADN environnemental (ADNe) menés au Port de Halifax, l'équipe environnementale du Port de Prince Rupert a elle aussi décidé de mettre cette technologie à profit.

L'Administration portuaire de Prince Rupert (PRPA) avait déjà mis en place plusieurs programmes de surveillance à long terme dans les 18 mois suivant son adhésion à l’Alliance verte en 2010, devenant ainsi le premier port de la côte Ouest à joindre le programme. « Nous disposons ainsi de nombreuses données robustes à long terme », affirme Caitlin Smith, Coordonnatrice environnementale et biologiste professionnelle de l'Administration portuaire de Prince Rupert.

L'une des plus grandes initiatives est le programme de qualité de l'eau marine, qui comprend un échantillonnage de l'eau et des analyses en laboratoire chaque trimestre depuis 2013. Le port compte actuellement 24 sites d'échantillonnage. 

« L'échantillonnage s'étend essentiellement un peu au-delà de l'ensemble du territoire du port, explique Mme Smith. Chaque année, nous réunissons notre groupe de travail, composé de représentants des partenaires régionaux, des parties prenantes et des Premières Nations, pour décider où réaliser l'échantillonnage, puis, plus tard, pour discuter des résultats de laboratoire. »

Les analyses de laboratoire visent à détecter un large éventail de polluants et de métaux lourds, ainsi que des hydrocarbures, des bactéries et des nutriments, afin d'offrir l'équivalent d'un bilan de santé régulier de la qualité de l'eau.

Nous voulons avant tout nous assurer que les activités portuaires ne contribuent pas à la présence de certains polluants ou de bactéries. Nos recherches montrent que l'eau est plutôt propre.

Caitlin Smith, Administration portuaire de Prince Rupert

Des profils de profondeur sont aussi établis sur chaque site pour recueillir des données sur l'oxygène, la salinité, la température et d'autres paramètres océanographiques de la colonne d'eau, afin de comprendre l'état de santé du milieu marin. Ces profils de profondeur sont réalisés plus fréquemment depuis que l'Administration portuaire de Prince Rupert a conclu un partenariat, en 2024, avec Ocean Networks Canada (ONC), un supporteur de l’Alliance verte. « Toutes ces données sont diffusées par l'entremise du programme Community Fishers d'ONC », ajoute Mme Smith.

📷Port de/of Prince Rupert (website)

La surveillance des espèces aquatiques envahissantes fait également partie des efforts du port. Celui-ci collabore avec le MPO pour surveiller le crabe vert européen, les tuniciers non indigènes (ou ascidies), ainsi que les bryozoaires (organismes coloniaux filtreurs).

« Le port a lancé le programme de zooplancton en 2017 et a été le premier à repérer des larves de crabe vert européen sur un site d'échantillonnage en 2019 », explique Kyla MacIlroy, Technicienne environnementale et biologiste qui dirige le programme depuis deux ans.

« Une recherche subséquente sur les plages a ensuite permis au port d'être le premier à repérer un crabe vert européen vivant sur la côte Nord-Ouest, ajoute-t-elle.

Cette découverte a incité le MPO à financer un autre programme, dans le cadre duquel les Premières Nations locales et le port collaborent à la recherche de ces crabes, ce qui permet de surveiller une zone beaucoup plus vaste.

Kyla MacIlroy, Administration portuaire de Prince Rupert

Grâce aux tests d'ADNe, le port peut désormais confirmer facilement la présence d'espèces particulières dans certains secteurs. « Les tests d'ADNe viennent compléter le dénombrement des crabes, des escargots et d'autres espèces que nous effectuons déjà, en permettant de repérer des zones potentiellement à surveiller de près, précise Mme Smith. Les Premières Nations locales nous ont aussi demandé d'utiliser les tests d'ADNe pour mieux comprendre les habitudes migratoires d'espèces ayant une importance culturelle. »

Mme Smith attribue aux critères de l’Alliance verte le mérite d’avoir aidé l’Administration portuaire de Prince Rupert à devenir un chef de file en matière de surveillance.

Le programme de certification nous guide non seulement dans l'élaboration de nouveaux programmes, mais aussi dans la meilleure façon de formaliser le processus de consultation des parties prenantes, d'établissement de repères mesurables, de collaboration communautaire et de suivi des progrès.

Caitlin Smith, Administration portuaire de Prince Rupert

« Nous sommes actuellement au niveau 3 de l'indicateur de performance sur les Écosystèmes aquatiques, parce que nous n'avons pas encore regroupé toutes ces données de surveillance dans un plan officiel sur les écosystèmes aquatiques, mais nous avons hâte de le faire dans le cadre de notre conformité environnementale et de notre gestion responsable », ajoute-t-elle.

« Les critères de l’Alliance verte nous ont clairement démontré les avantages que cela procurerait pour établir de futures cibles, créer de nouvelles initiatives et suivre les progrès dans un document officiel, non seulement pour l’Alliance verte, mais aussi pour toutes nos parties prenantes, afin qu'elles voient clairement ce que nous faisons ici. »

L'ensemble de ces renseignements exhaustifs comprendra la cartographie des habitats ShoreZone, réalisée en collaboration avec le MPO. Une entreprise a été mandatée pour prendre des images de 2 448 kilomètres de littoral et les cartographier en 10 432 unités d'une longueur moyenne de 235 mètres chacune, afin de caractériser les particularités naturelles de chaque unité. « Ces données sont souvent consultées non seulement par le port, mais aussi par des groupes de conservation qui souhaitent établir des de palourdes ou d'autres formes de compensation d'habitat. »

Le port a aussi commencé, il y a deux ans, à dresser l'inventaire des espèces intertidales. « L'accès aux plages du port est limité, mais nous avons lancé un programme préliminaire sur quatre sites clés, sur l'île Ridley, l'île Kaien et de l'autre côté du port, explique Mme MacIlroy. Nous sommes sur le terrain avec nos stagiaires d'été pour dénombrer les espèces intertidales et les comparer à nos données de référence, afin de mieux comprendre la biodiversité. »

« Nous voulons obtenir une vue d'ensemble de l'écosystème et voir comment il se compare, dans nos zones industrialisées et naturelles, aujourd'hui et par rapport aux années précédentes, explique Mme Smith. Cela nous aidera à déterminer ce qui va bien de façon autonome et ce qui pourrait avoir besoin d'un peu d'aide. »

 

Port de San Diego

Le Port de San Diego est le seul port américain à disposer d'un plan intégré de gestion des ressources naturelles avec la Marine américaine pour la gestion de leur front de mer partagé, le long de la baie de San Diego.

« Nos relevés réguliers – à l'échelle de la baie – de la zostère, des poissons, des oiseaux et, plus récemment, des mollusques et crustacés, se sont révélés très utiles pour établir des données de référence, afin de savoir où nous pouvons nous améliorer, quelles devraient être ces améliorations et à quoi ressemble un milieu marin en bonne santé », affirme Heather Carroll, Directrice de la conservation environnementale du port.

Le premier relevé exhaustif de la zostère a été réalisé en 1993, après deux années de plantation, et il a permis d'établir une référence de 441,6 hectares (1 091,4 acres) de zostère. Bien qu'elle ait fluctué certaines années, la zostère couvre désormais 1 052 hectares (2 600 acres), grâce aux efforts déployés pour accroître la présence de cette espèce clé.

Une abondance de zostère indique un écosystème hautement fonctionnel. Les poissons juvéniles s'en servent comme refuge contre les prédateurs et s’en nourrissent, tout comme les tortues marines.

Heather Carroll, Port de San Diego

Les plantations de zostère faisaient partie des initiatives déjà en place depuis longtemps lorsque l'indicateur de performance sur les Écosystèmes aquatiques de l’Alliance verte a été instauré en 2023, d'abord à titre facultatif, avant de devenir obligatoire en 2024.

« Le développement d'ECOncrete (aujourd’hui une compagnie à part entière et membre partenaire de Green Marine International) par le biais de notre programme d'incubation de l'économie bleue visant à établir de nouveaux habitats marins et d'autres solutions pour des rivages vivants, ainsi que nos travaux d'atténuation dans South Bay, s'harmonisent tous avec cet indicateur », affirme Zach Birmingham, Directeur du programme Blue Tech du port.

Le projet pilote ECOncrete a débuté par l'installation de 72 unités de béton emboîtables et propices à la nature sur un tronçon de 30 mètres de l'île Harbor, afin de remplacer l'enrochement traditionnel et d'accueillir la vie marine, qui peut prospérer dans les bassins de marée.

« Notre projet pilote de deux ans a démontré que les blocs COASTALOCK d'ECOncrete augmentaient significativement la vie sous-marine par rapport au secteur témoin adjacent, partage M. Birmingham.

«Nous avons aussi constaté une augmentation huit fois plus importante du carbonate de calcium, une excellente solution à moyen terme pour la séquestration du CO2», ajoute M. Birmingham.

Le suivi biologique effectué durant les deux premières années de ce projet pilote a fourni une telle richesse d'informations écologiques qu'il a été maintenu. « Nous observons des homards, des poulpes, des lièvres de mer, des nudibranches et d'autres espèces, affirme Mme Carroll. Le simple fait de souligner la présence de ces espèces, peut-être moins connues du grand public, est important pour illustrer la diversité possible. »

S'appuyant sur ce succès initial, le port ajoute actuellement 46 mètres de système COASTALOCK le long de l'île Harbor et en ajoutera bientôt 243 mètres supplémentaires dans le chenal Sweetwater. Au total, l'expansion de ce projet équivaut à la longueur de trois terrains de football mis bout à bout.

À la fin de 2025, le port a également installé 600 structures de béton de plus petite taille, appelées « châteaux d'huîtres », sur environ 60 mètres linéaires de littoral dans le sud de la baie de San Diego. Ces châteaux d'huîtres sont de petites structures individuelles qui peuvent être empilées les unes sur les autres pour créer une surface complexe, idéale pour l'établissement des huîtres indigènes.

Nous voulions créer un habitat pour l'huître Olympia indigène, qu'on retrouvait autrefois sur les récifs de la baie. Nos études ont déterminé qu'il y avait des larves d'huîtres dans l'eau, et que ces larves n'avaient besoin que d'un substrat dur sur lequel s'établir et proliférer.

Heather Carroll, Port de San Diego

Les châteaux d'huîtres sont fabriqués à partir d'un mélange de béton dont le pH est favorable aux larves. Ces structures sont suffisamment légères pour être installées à la main plutôt qu'à l'aide d'une grue, ce qui en fait une option plus flexible et plus rentable.

« Nous avons installé ces plus petites unités entre de plus gros récifs artificiels, au niveau de marée que privilégient les huîtres Olympia, et nous avons observé une prolifération en trois semaines, partage Mme Carroll. Nous continuons de surveiller la prolifération des huîtres, mais aussi la santé de la zostère et d'autres espèces – divers poissons, anémones de mer, poulpes, algues vertes et rouges qui habitent la zone – y compris les oiseaux qui se posent sur les structures récifales. »

L'autre objectif du projet est de réduire l'énergie des vagues et de prévenir l'érosion le long du rivage de South Bay. « L'érosion du littoral peut se produire à raison de quelques millimètres, alors nous continuons d'évaluer si cette composante fonctionne, mais nous n'avons pas constaté d'érosion supplémentaire jusqu'à présent », affirme Mme Carroll.

M. Birmingham affirme que le projet a suscité l'intérêt d'autres participants de l’Alliance verte.

D'autres ports ont communiqué avec nous pour savoir comment nous avons procédé et consulter la documentation du projet. Nous sommes heureux de partager cette réussite et d'aider les autres lorsque nous le pouvons.

Zach Birmingham, Port de San Diego

Pond 20 est un autre projet novateur d'envergure actuellement en cours le long du South San Diego Bay. Il transformerait les 34 hectares (85 acres) d'un ancien étang salant à vocation commerciale en 31 hectares (76 acres) d'habitat de marais salé, disponibles pour l'achat de crédits de compensation.

« Il s'agit d'un des étangs salants utilisés pour produire du sel à des fins commerciales depuis la fin des années 1800, mais une importante inondation survenue à la fin des années 1960 l'a rempli de trop de sédiments pour qu'il puisse continuer à être utilisé à cette fin, explique Mme Carroll. Grâce à une importante mobilisation des communautés environnantes, nous avons décidé de transformer cette zone en un marais salé d'une grande valeur écologique. »

Pond 20 wetland rendering (illustration) 📷 Port of/de San Diego website

Les marais salés en bonne santé comprennent la zostère, la salicorne et la spartine, des espèces clés pour diverses espèces d'oiseaux, dont le râle de Ridgway à pattes légères, une espèce en voie de disparition qui utilise ces zones pour se nourrir, nidifier et se cacher des prédateurs. « Nous nous attendons aussi à accueillir le bruant des prés une fois le marais salé établi, ainsi que les nombreux oiseaux migrateurs qui utilisent les marais salés pour se nourrir de mouches et de crevettes de saumure, en plus d'y nidifier », ajoute Mme Carroll.

Pour soutenir ce projet, le Port de San Diego collabore avec les organismes de réglementation afin d'établir le site en tant que banque de compensation, de sorte que des crédits puissent être vendus au port et à d'autres promoteurs potentiels pour compenser les répercussions de leurs projets sur les habitats. « Et comme la compensation privilégie la restauration par rapport aux répercussions – par exemple, quatre acres de zostère plantés pour chaque acre touché – il en résulte un gain net qui profite à l'environnement, affirme Mme Carroll.

En établissant cela à l'avance, nous éliminerons aussi le délai, qui peut se compter en années, entre le moment où la compensation est déterminée et celui où elle est réellement réalisée.

Heather Carroll, Port de San Diego

Les organismes de réglementation fédéraux et étatiques examinent attentivement les processus d'approbation, car ce projet établira un précédent en tant que première banque de compensation de marais salé côtier dans le sud de la Californie. « La mise en place d'une banque de compensation est un processus complexe, mais nous travaillons actuellement sur notre instrument d'habilitation bancaire (essentiellement une entente juridique) afin de déterminer comment tout cela fonctionnera avec l'approbation réglementaire, affirme Mme Carroll. Nous prévoyons environ deux ans avant le début des travaux du projet. »

La vente de crédits contribuera au remboursement de l'investissement financier du port. « Tout profit supplémentaire provenant de la banque de compensation sera réinvesti dans le développement économique des communautés environnantes, qui pourront s'en servir pour des projets publics ou d'infrastructure », ajoute Mme Carroll.