En 2024, Green Marine Europe (GME) a amorcé une phase déterminante de structuration de son référentiel environnemental dédié aux ports. L’adaptation du programme nord-américain dédié aux ports suit celle des référentiels pour les armateurs et les chantiers navals, qui peuvent être certifiés Green Marine Europe respectivement depuis 2020 et 2024.
Le développement des critères spécifiques aux ports résulte d’une double évaluation positive : d’une part, quant à la pertinence d’exporter le modèle de certification des ports nord-américains, d’autre part, quant à la faisabilité de son déploiement en Europe. Sur la base de ce constat et de cette ambition, a débuté l’adaptation de ce référentiel aux ports européens.
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Cette démarche s’inscrit pleinement dans l’esprit de l’Alliance verte : travailler main dans la main avec les acteurs du maritime pour adapter un modèle éprouvé en Amérique du Nord aux spécificités européennes, sans jamais perdre de vue l’objectif commun d’amélioration continue.
Ce travail d’adaptation a eu pour point de départ les neuf indicateurs de performance existants du programme Alliance verte applicables aux ports :
L’adaptation du référentiel visait à préserver la portée et l’ambition de chacun des indicateurs afin que les ports européens aient à fournir le même effort pour atteindre chacun des niveaux, au-delà de la conformité réglementaire, que les ports nord-américains.
« L’adaptation du référentiel aux ports traduit notre volonté de proposer un cadre exigeant mais réaliste, coconstruit avec les acteurs de terrain », explique le directeur de programme de Green Marine Europe, Cherif Belgaroui.
Elle marque une étape essentielle pour faire de la chaîne maritime européenne une véritable approche intégrée de performance environnementale.
Et c’est en mars 2025 que la phase de coconstruction a véritablement été lancée, afin de bâtir un référentiel spécifiquement adapté au contexte européen. Un groupe de travail a été constitué pour passer précisément en revue chacun des neuf indicateurs nord-américains.
Autour des équipes de Green Marine Europe et de l’Alliance verte, il réunit :
En rejoignant les travaux de coconstruction du référentiel ports de Green Marine Europe, Port Atlantique La Rochelle apporte son expérience de terrain, tout en découvrant un référentiel en construction, adossé à une expertise internationale via Green Marine International.
Tout au long de 2025, ce groupe de travail a poursuivi plusieurs objectifs :
«Notre capacité d’adaptation à des contextes régionaux dans la coconstruction, avec une connaissance fine des contraintes et du contexte culturel dans lesquels évoluent nos futurs participants potentiels constitue l’un des savoir-faire clés de nos équipes, des deux côtés de l’Atlantique», explique David Bolduc, président-directeur général de Green Marine International.
Notre approche de proximité nous démarque de modèles plus uniformisés à l’international.
Chacun des neuf indicateurs destinés aux ports et cités plus haut a donc fait l’objet d’une révision et d’une adaptation au contexte européen.
Les indicateurs Relations avec les parties prenantes et Harmonisation des usages témoignent de l’ambition du programme Green Marine Europe d’intégrer pleinement les dimensions sociales, sociétales et territoriales dans l’évaluation environnementale des ports. Les deux indicateurs traduisent une volonté claire de renforcer l’ancrage territorial des ports et de structurer leur responsabilité environnementale.
Le groupe de travail a minutieusement adapté la terminologie de l’indicateur pour bien refléter la réalité et le contexte européen. À cette fin, la notion de communautés sera remplacée par celle de parties prenantes. Cette formulation est davantage en adéquation avec les terminologies utilisées dans les référentiels européens (CSRD, ESRS).
L'objectif de l’indicateur Harmonisation des usages a été adapté pour mettre l’accent sur l’amélioration de la qualité de vie des parties prenantes par l’intermédiaire de la réduction des nuisances environnementales locales. Il concerne des impacts directs comme le bruit, les poussières et la pollution lumineuse, entre autres. s.
L’indicateur Relations avec les parties prenantes porte sur le dialogue structuré entre le port et son écosystème territorial. Il vise à évaluer l’existence de dispositifs formalisés de communication et de concertation, la capacité à traiter les retours et la transparence des échanges. Dans le cadre de l’analyse de perception des parties prenantes pour mieux comprendre l’acceptabilité sociale des instances portuaires, les ports européens ont suggéré d’intégrer l’analyse de double matérialité dans l’indicateur. La double matérialité est un principe de déclaration en matière de développement durable qui exige des entreprises qu'elles divulguent des informations à la fois d'un point de vue financier et en fonction des impacts évalués sur l'environnement, les personnes et la société.
L’adaptation de l’indicateur sur la gestion des déchets vise essentiellement à refléter la volonté des ports européens de valoriser davantage le principe de circularité. Dans cette optique, l’objectif de l’indicateur a été ajusté ainsi que la portée de certains critères, afin d’encourager et de reconnaître les initiatives portuaires en matière de circularité.
Le but de cet ajout est d’encourager les ports à intégrer une logique de cycle de vie des matériaux dans la gestion des travaux, des déchets d’exploitation et des flux de matières. Sont notamment visées la gestion des matériaux de calage, de rembourrage et d’emballage, tout comme celle des déchets générés durant les travaux de construction, d’excavation et de déconstruction.
Ici, l’objectif a été double : d’une part, assurer l’alignement avec la réglementation européenne, en particulier les exigences de suivi et de déclaration des émissions de la Commission européenne (règlement MRV), d’autre part, garantir l’adéquation et la compatibilité des méthodes de calcul, de périmètre et de référentiels aux outils européens tels que le protocole des GES, l’indice d’efficacité énergétique de l'exploitation des navires de l’Organisation Maritime Internationale (IMO-EEOI), le calcul des émissions du cycle complet (Well-to-Wake emissions calculation), etc.
L’indicateur Leadership environnemental vise à reconnaître et à encourager la capacité d’influence des autorités portuaires sur les pratiques environnementales de leurs usagers, leurs locataires et leurs partenaires. Il valorise leur rôle moteur dans la diffusion d’une culture de durabilité, au-delà de leur périmètre d’action directe.
Dans une forme de continuité, le rôle de l’indicateur, au sein du programme, revêt une dimension transversale non négligeable. L’indicateur Leadership environnemental permet en effet de valoriser les initiatives exemplaires, qui ne sont pas couvertes par les autres indicateurs de performance, et de donner une reconnaissance particulière aux ports, engagés sur la voie de l’innovation.
Dans sa déclinaison européenne, l’indicateur a été ajusté, afin de refléter les cadres réglementaires et référentiels propres à l’Union européenne, tels que :
L’indicateur Écosystèmes aquatiques a pour objectif d’améliorer la santé des écosystèmes aquatiques dans les zones d’influence immédiate et étendue du port. Il intègre par ailleurs la notion de restauration des habitats. Ce point est tout à fait notable quand on sait que les zones côtières sont parmi les plus riches en matière de biodiversité. La reconnaissance pleine et entière de la notion de restauration prend en compte la pression des ports sur le littoral et place encore un peu plus le programme aux avant-postes de la prise en considération d’une thématique encore récente - la restauration écologique dans les ports.
Les révisions apportées à l’indicateur destiné aux ports européens visent à préciser les actions menées au-delà de la conformité réglementaire en Europe, afin de mieux qualifier les démarches volontaires et proactives. Par exemple, l’indicateur propose l’intégration de bonnes pratiques spécifiques aux niveaux 2 à 5, incluant des mesures de suivi et des protocoles environnementaux, le partage des données environnementales, ainsi que des exemples concrets relatifs aux espèces protégées et aux habitats sensibles.
Une note renvoyant à la liste officielle européenne des espèces exotiques envahissantes a par ailleurs été ajoutée, en précisant que leur identification relève des scientifiques et des autorités compétentes.
Le critère lié aux rejets opérationnels des navires en eaux portuaires a été modifié afin de se limiter explicitement aux rejets d’épurateurs. La réutilisation et le nettoyage des sédiments ont été reformulés et illustrés, tandis que les notions d’habitats naturels et artificiels ont été précisées, avec une attention particulière portée aux matériaux utilisés.
L’objectif de cet indicateur de performance est de réduire les pertes de cargaison et la poussière engendrées lors des opérations de manutention, de transport et d’entreposage du vrac solide.
Les critères cadrent clairement les pratiques attendues sur le terrain : utilisation de contenants appropriés, protection contre les intempéries et manipulation différenciée selon la nature des matériaux. En complément, les ports disposent d’une note en annexe précisant les modalités de démonstration de la conformité, par exemple via des inspections visuelles, des procédures internes ou l’intégration de clauses environnementales dans les contrats de terminaux. Les critères renforcent l’approche préventive ; la structure de l’indicateur a été ajustée par un reclassement des critères et une fusion ciblée, afin de mieux refléter les dispositifs de prévention effectivement déployés par les ports, notamment pour les flux de matières dangereuses.
Les critères de l’indicateur sur la Prévention des déversements et la gestion des eaux pluviales précisent le rôle du port en tant qu’acteur de gouvernance pour préserver la qualité de l’eau et des sols, notamment lorsque les mesures sont mises en œuvre principalement, voire entièrement, par les locataires, en particulier les opérateurs de terminaux. La révision des critères s’est traduite par l’ajout de notes explicites en tête de section et dans les critères concernés. Par exemple, la portée d’un critère au niveau 2 a été précisée par une note, incluant une clarification de la notion d’« eaux riveraines ». Le périmètre du critère relatif aux substances a été clarifié afin de confirmer qu’il s’applique aux lubrifiants, les carburants relevant déjà d’un cadre réglementaire plus strict. Enfin, une note explicative a été ajoutée pour mieux définir la notion de rétention secondaire, en s’appuyant sur les guides techniques existants. De plus, la fréquence des actions a été adaptée pour assurer un suivi régulier, sans imposer de seuils minimaux trop stricts pour les ports.
Les ajustements apportés à l’indicateur Bruit sous-marin ont permis de consolider et de clarifier le cadre existant sans en modifier l’objectif de fond. Les exemples ont été actualisés, afin de mieux refléter le contexte européen, notamment par le remplacement de la référence aux « baleines » par celle, plus large, aux mammifères marins, et par la citation d’outils tels que PELAGIS ou d’autres observatoires.
L’exemple de la carte des baleines a été conservé, tout en précisant que d’autres outils peuvent être mobilisés selon les contextes portuaires. La terminologie a été harmonisée, tant concernant les compétences attendues que les types de bruit pris en compte (« impulsif » et « ambiant »). Des recommandations opérationnelles de l’IFAW ont été intégrées, en particulier sur l’entretien des navires et la participation à des mesures volontaires.
Green Marine Europe continue ainsi d’affirmer son rôle de catalyseur dans l’harmonisation environnementale du secteur maritime européen.
« Cet ambitieux travail d’adaptation du référentiel nord-américain au contexte européen illustre la richesse d’une collaboration transatlantique soutenue », relate Antidia Citores, directrice générale de Green Marine Europe.
Loin de marquer un point d’arrivée, il signe le commencement d’un mouvement réciproque : celui d’un enrichissement mutuel. Ainsi, les principes européens de circularité et de double matérialité pourraient par exemple inspirer la réflexion nord-américaine.
Le programme trace un cap ambitieux, mesurable et applicable dès le début de 2026 aux ports, tout en mettant l’accent sur la circularité, l’importance de mesurer les actions ainsi que les impacts sociaux et sociétaux. La première certification des ports européens interviendra à l’horizon 2026, pour l’année d’opérations 2025.